Le Nid, première épicerie participative de Suisse romande

Rubrique Alimentation - Publié le 28.03.2018

Source: L'illustré - Genève a vu l’éclosion d’une épicerie totalement participative, Le Nid, sur les bords du Rhône. Reportage à la Jonction.

Samedi après-midi, une demi-douzaine de personnes s’affairent au premier étage d’un vieux bâtiment, sur les bords du Rhône, dans le quartier de la Jonction. Il faut organiser les étals, faire marcher la caisse, remplir les bacs vides, renseigner les clients. De loin, rien ne distinguerait Le Nid d’une épicerie lambda mais en s’approchant un plus près, les vendeurs sont encore un peu hésitants derrière le tiroir-caisse, devant l’organisation des rayons ou encore avec le prix des produits.


Et pour cause, clients hier, ils sont vendeurs aujourd’hui. C’est le fonctionnement du Nid, l’épicerie appartient à ses clients et ils en sont tous des collaborateurs. Pour le devenir, il suffit de s’affranchir des 200 francs d’inscription qui représentent cinq parts sociales. Puis, moyennant une cotisation de 50 francs par an et deux heures de travail bénévole par mois, le collaborateur a accès aux produits vendus par l’épicerie.


«L’importance de ce projet et le fait qu’il marche bien repose aussi sur le fait qu’il soit fermé. Pour créer une vraie synergie, il faut que les gens se sentent investis», explique Johann Zoller, l’un des fondateurs du projet. Car pas question de faire ses courses à l’épicerie du Nid sans en être collaborateur. Et ça marche! Aujourd’hui l’épicerie du Nid compte plus de 180 collaborateurs en moins d’un mois d’ouverture. «Nous sommes très contents, la vente marche mieux que prévu et nous avons bientôt atteint notre premier objectif des 200 collaborateurs», continue Johann Zoller.


Au Nid, aucun salarié, tout fonctionne sur une base bénévole. Un comité de huit personnes s’occupe des tâches administratives et de faire tourner le planning. Pour l’instant, sur les étals, des fruits et légumes locaux, mais aussi des pâtes, du riz, des céréales, des produits laitiers, d’hygiène et bien d’autres. La viande manque encore à l’appel, «mais cela ne saurait tarder et quand nous aurons les fonds, nous achèterons les frigos adéquats pour en vendre». Car si l’épicerie se fait 20% de marge sur la vente de ses produits, elle réinvestit tous les profits dans le projet pour acquérir de nouvelles structures et s’agrandir. Pour du local, bio et en vrac, les prix détonnent avec l’habituelle cherté des magasins qui en vendent.


«Les clients sont très patients»


Aujourd’hui, c’est Christian, 42 ans, qui se colle à la caisse avec l’aide de sa compagne Catherine et d’une autre bénévole. C’est son deuxième shift dans l’épicerie, «et on recommence dans trois semaines». Christian s’est inscrit dès qu’il a entendu parler du projet, «j’aime le côté local, bio et solidaire et c’est la première fois que l’on s’investit autant dans le projet. Et puis cela nous permet aussi de passer du temps ensemble.» Les bénévoles s’agitent sous les yeux de Huang, membre du comité, venue en soutien aujourd’hui, «pour les premières fois». «Les clients sont très patients, car ils savent que chacun passera son tour derrière la caisse.» Maud, membre d’une colocation, est venue pour s’inscrire. Une seule inscription suffit pour en faire profiter tout le foyer ou la famille, une aubaine. «J’ai entendu parler du projet sur Facebook, je trouve que le côté coopératif est vraiment super et cela change de la Coop ou de la Migros.»


Même son de cloche pour Laure, 32 ans. «J’ai une soirée chez des amis et je cherchais une fromagerie ouverte, du coup j’ai décidé de venir et de me lancer dans cette aventure.» Pour Johann Zoller, l’un des fondateurs, le but du projet est aussi de créer des débats, car ce sont aux collaborateurs de se mettre d’accord sur les produits qu’ils souhaitent retrouver dans l’épicerie. «Nous voulons aussi que des gens posent des questions comme celle de manger des tomates en hiver ou alors simplement le fait de vouloir trouver des bananes. Si notre but est de se positionner face à la Coop ou la Migros, il faut y penser. Tous les nouveaux produits devront être acceptés à la majorité par les collaborateurs lors de l’assemblée générale et nous devons aussi prendre en compte les moyens techniques qu’ils engagent. Nous (le comité, ndlr) ne pouvons a priori rien refuser si la décision est prise de manière collégiale.»


Texte: Camille Pagella

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